L’habitat inclusif représente aujourd’hui une réponse innovante aux défis du vieillissement de la population et de l’inclusion des personnes en situation de handicap. Cette solution intermédiaire, située entre le maintien à domicile traditionnel et l’hébergement en établissement spécialisé, connaît un développement significatif en France depuis la promulgation de la loi ELAN en 2018. Avec environ 770 projets recensés actuellement sur le territoire français, cette nouvelle forme d’habitat social transforme progressivement l’approche de l’accompagnement des publics vulnérables. L’habitat inclusif s’impose comme une alternative crédible aux solutions d’hébergement classiques, offrant autonomie, sécurité et vie sociale partagée dans un cadre juridique désormais clairement défini.
Définition juridique et réglementaire de l’habitat inclusif selon la loi ELAN
Cadre législatif de l’article L281-1 du code de l’action sociale et des familles
L’article L281-1 du Code de l’action sociale et des familles définit précisément l’habitat inclusif comme « un mode d’habitation regroupé, entre elles ou avec d’autres personnes, de personnes handicapées et de personnes âgées qui font le choix, à titre de résidence principale, d’un mode d’habitation regroupé assorti d’un projet de vie sociale et partagée ». Cette définition juridique établit trois caractéristiques fondamentales : le caractère regroupé de l’habitat, la dimension de choix personnel des résidents, et l’obligation d’un projet de vie sociale structurant.
Le cadre réglementaire précise que cet habitat doit être accompagné par une animation professionnelle, partagé grâce à des espaces communs, et inséré dans la vie locale du quartier. Ces trois piliers distinguent clairement l’habitat inclusif d’une simple colocation ou d’un hébergement temporaire. L’animation professionnelle, financée notamment par l’Aide à la Vie Partagée (AVP), constitue l’élément central qui différencie ce dispositif des autres formes d’habitat social.
Distinction entre habitat inclusif et résidence autonomie traditionnelle
La distinction entre habitat inclusif et résidence autonomie repose sur plusieurs critères essentiels. Les résidences autonomie, anciennes appelées foyers-logements, accueillent principalement des personnes âgées valides dans des logements non médicalisés avec des services collectifs standardisés. L’habitat inclusif, quant à lui, s’adresse à un public plus large incluant les personnes en situation de handicap et propose un accompagnement personnalisé basé sur un projet de vie sociale co-construit.
Le modèle économique diffère également : les résidences autonomie fonctionnent généralement selon un forfait hébergement incluant restauration et animations, tandis que l’habitat inclusif propose une approche modulaire où chaque résident paie son loyer et choisit les services dont il a besoin. Cette flexibilité permet une adaptation fine aux besoins individuels et aux capacités financières de chacun.
Critères d’agrément préfectoral pour les projets d’habitat inclusif
L’agrément préfectoral pour un projet d’habitat inclusif s’appuie sur plusieurs critères stricts définis par le décret du 24 juin 2019. Le porteur de projet doit démontrer la viabilité du projet de vie sociale et partagée, la qualification de l’équipe d’animation, et l’adéquation entre les locaux et les besoins des futurs résidents. L’implantation géographique doit garantir l’accès aux transports,
à des commerces de proximité, aux services de santé et aux équipements publics. Le préfet vérifie également la conformité du bâti aux normes de sécurité et d’accessibilité, en particulier en matière de mobilité réduite et de sécurité incendie. Enfin, le dossier doit attester de la capacité financière du porteur de projet à assurer la pérennité de la structure, notamment via des partenariats avec des bailleurs sociaux, des associations et les financeurs publics.
En pratique, l’agrément préfectoral repose autant sur la qualité du projet social que sur la solidité du montage juridique et économique. Les services de l’État examinent la gouvernance proposée (association, coopérative, collectivité, société d’économie mixte…), la participation des habitants à la prise de décision et les articulations prévues avec le tissu médico-social local. C’est cette approche globale qui permet de distinguer un véritable habitat inclusif d’une simple opération immobilière à destination de publics fragiles.
Rôle du projet de vie sociale et partagée dans la qualification juridique
Le projet de vie sociale et partagée constitue le cœur juridique et philosophique de l’habitat inclusif. Sans ce projet, formalisé par écrit et co-construit avec les habitants, il ne peut y avoir reconnaissance officielle d’habitat inclusif ni bénéfice de l’Aide à la Vie Partagée (AVP). Ce document décrit les objectifs de convivialité, d’entraide et d’ouverture sur le quartier, ainsi que les modalités d’organisation de la vie collective : réunions d’habitants, décisions partagées, gestion des conflits, liens avec les associations locales, etc.
Sur le plan réglementaire, le projet de vie sociale et partagée est annexé à la convention passée entre le porteur de projet et le conseil départemental. Il engage les parties sur la durée, tout en restant évolutif pour s’adapter aux souhaits des habitants. Vous pouvez le voir comme une charte de vie commune : il ne remplace pas les contrats individuels (baux, contrats d’aide à domicile), mais il donne un cadre clair à la vie collective. C’est ce « supplément d’âme » qui fait passer un simple logement regroupé à un habitat inclusif pleinement reconnu par la loi ELAN.
Public cible et pathologies éligibles à l’habitat inclusif
Contrairement à une idée reçue, l’habitat inclusif ne s’adresse pas uniquement aux personnes âgées très dépendantes. Le dispositif vise un large spectre de publics fragilisés qui souhaitent vivre dans un logement autonome tout en bénéficiant d’un environnement soutenant et d’une vie sociale active. La clé n’est pas tant le type de pathologie que le projet de vie : habiter « chez soi, mais ensemble », dans un cadre sécurisé, ouvert sur la cité.
Les départements conservent une marge d’appréciation pour définir leurs priorités (handicap, grand âge, troubles psychiques, projets mixtes). Cependant, certains profils reviennent de manière récurrente dans les projets d’habitat inclusif : personnes en situation de handicap psychique, adultes avec déficience intellectuelle, seniors en GIR 5 et 6, ou encore jeunes adultes en sortie d’institution médico-sociale. Pour chacun de ces publics, l’habitat inclusif offre une alternative à l’isolement au domicile ou à l’entrée précoce en établissement.
Personnes en situation de handicap psychique et troubles du spectre autistique
Les personnes vivant avec un handicap psychique (troubles bipolaires, schizophrénie stabilisée, dépressions chroniques sévères…) ou des troubles du spectre autistique (TSA) trouvent souvent dans l’habitat inclusif un compromis précieux entre accompagnement et autonomie. La vie en établissement peut être vécue comme trop contraignante, tandis que le logement individuel expose au repli et à la désinsertion sociale. L’habitat inclusif vient combler ce vide en proposant un cadre de vie structurant sans être institutionnel.
Dans ce type de projet, l’animation de la vie sociale joue un rôle clé pour rythmer le quotidien, prévenir les crises et renforcer les compétences sociales. Les habitants peuvent bénéficier, parallèlement, d’un suivi ambulatoire en CMP, d’un SAMSAH ou d’un SAVS. L’enjeu est de coordonner ces interventions sans les superposer, afin que la personne ne se sente ni sur-assistée ni livrée à elle-même. C’est un véritable équilibre à trouver entre soutien professionnel, entraide entre pairs et respect de l’intimité de chacun.
Seniors en perte d’autonomie GIR 5 et 6 selon la grille AGGIR
Pour les personnes âgées classées en GIR 5 et 6, c’est-à-dire encore relativement autonomes mais fragilisées, l’habitat inclusif apparaît comme une solution particulièrement pertinente. À ce stade, l’entrée en EHPAD n’est ni nécessaire ni souhaitée, mais le maintien à domicile classique devient difficile : logement inadapté, veuvage, éloignement familial, isolement social, peur de la chute… Autant de facteurs qui peuvent rendre le quotidien anxiogène, voire dangereux.
En s’installant dans un habitat inclusif, ces seniors conservent un vrai « chez-soi » avec leur mobilier, leurs habitudes et leurs repères, tout en bénéficiant de la présence rassurante de voisins et d’un animateur. Vous l’aurez compris : l’objectif est de retarder autant que possible la perte d’autonomie lourde en agissant sur les principaux déterminants de fragilité, au premier rang desquels figure l’isolement. Plusieurs études montrent d’ailleurs que la vie en habitat partagé réduit les risques de dépression et de chutes, et favorise le maintien des capacités fonctionnelles.
Adultes avec déficience intellectuelle légère à modérée
Les adultes présentant une déficience intellectuelle légère à modérée constituent un autre public prioritaire de l’habitat inclusif. Beaucoup d’entre eux vivent aujourd’hui chez leurs parents vieillissants, ou en foyer d’hébergement où la marge de manœuvre individuelle reste limitée. Comment préparer sereinement leur avenir résidentiel, notamment après le décès des parents, sans les couper de leur environnement familier ? L’habitat inclusif apporte une réponse progressive et sécurisante à cette question.
Dans ces projets, l’accompagnement vise surtout à développer l’autonomie dans les gestes du quotidien (courses, préparation des repas, gestion du budget) et dans les interactions sociales. Les habitants peuvent être locataires à part entière, avec un bail à leur nom, ce qui renforce leur statut de citoyens à part entière. Des services spécialisés (SAVS, ESMS hors les murs, ESAT) viennent compléter le dispositif, dans une logique de « milieu ordinaire accompagné ». C’est un peu comme passer du vélo avec petites roues au vélo sans roulettes, mais avec quelqu’un à côté pour tenir la selle au début.
Jeunes adultes sortant d’institutions médico-sociales IME ou IMPRO
La transition entre l’adolescence en institution (IME, IMPRO) et la vie d’adulte autonome est souvent un moment critique. De nombreux jeunes se retrouvent sans solution adaptée, oscillant entre le retour au domicile familial et des dispositifs d’hébergement qui ne correspondent pas à leurs aspirations. L’habitat inclusif, en particulier sous forme de petits collectifs, peut constituer un tremplin vers l’indépendance, en offrant un cadre rassurant mais non infantilisant.
Ces projets, parfois portés par les mêmes associations gestionnaires que les IME ou IMPRO, permettent de maintenir un filet de sécurité éducatif et médico-social tout en valorisant la prise de responsabilité progressive : gestion du logement, participation aux décisions du collectif, insertion professionnelle ou occupationnelle. Pour les familles, savoir que leur enfant dispose d’un lieu de vie stable, choisi et entouré, réduit considérablement l’angoisse liée à « l’après-institution ». Là encore, tout l’enjeu est de construire un habitat qui soit un véritable lieu de vie, et non une annexe déguisée de l’établissement.
Modèles architecturaux et configurations spatiales innovantes
L’habitat inclusif ne se résume pas à une simple étiquette juridique ; il se traduit aussi par des choix architecturaux et urbains spécifiques. L’agencement des espaces privatifs et des espaces communs influe directement sur la qualité de vie des habitants, sur leur sentiment d’intimité et sur la dynamique du groupe. Pensé comme un « village dans la ville » ou comme une « grande colocation », l’habitat inclusif s’appuie sur des configurations spatiales qui encouragent les rencontres sans les imposer.
On distingue généralement trois grands modèles : l’habitat regroupé dans un même immeuble ou une même maison, l’habitat dit « éclaté » avec des logements dispersés autour d’un local commun, et l’habitat transitoire ou de type colocation. Chaque configuration présente des avantages et des limites, selon le type de public, la localisation (urbain, périurbain, rural) et le niveau de ressources financières disponibles. Le point commun reste la nécessité de penser dès l’origine l’accessibilité, la modularité et la convivialité des lieux.
Dans un habitat regroupé, les studios ou petits appartements (T1, T2) sont organisés autour d’un vaste espace commun : salon, cuisine partagée, parfois jardin ou terrasse. Cette disposition favorise les échanges informels, un peu comme la place centrale d’un village où tout le monde passe au moins une fois par jour. À l’inverse, l’habitat éclaté répartit des logements ordinaires dans un immeuble ou un quartier, avec un local collectif en rez-de-chaussée. Ce modèle est particulièrement adapté aux projets de mixité sociale et intergénérationnelle, car il évite de regrouper tous les publics fragiles au même endroit.
Les innovations portent aussi sur les matériaux, la performance énergétique et la domotique : portes larges, douches à l’italienne, éclairages automatiques, capteurs de chute, cheminements extérieurs sécurisés… Autant d’éléments qui facilitent le quotidien sans créer un environnement hospitalier. De plus en plus de projets d’habitat inclusif intègrent des espaces partagés ouverts sur le quartier (café associatif, salle d’activités, jardin partagé) qui deviennent de véritables lieux de rencontre entre habitants et riverains. Là encore, l’objectif est clair : faire de l’habitat inclusif un maillon à part entière du tissu urbain, et non une enclave.
Financement et montages économiques spécialisés
Monter un projet d’habitat inclusif, c’est souvent assembler un véritable « puzzle » financier. Entre le coût de l’immobilier, les besoins d’aménagement, le financement de l’animation de la vie sociale et le reste à charge pour les habitants, l’équation peut sembler complexe. Pourtant, plusieurs outils publics et privés existent pour rendre ces projets viables, à condition de bien les combiner et d’anticiper la pérennité du modèle économique sur le long terme.
On peut distinguer quatre grands leviers : l’Aide à la Vie Partagée (AVP) et le forfait habitat inclusif pour financer l’animation, les partenariats avec les bailleurs sociaux pour sécuriser le foncier et les loyers, la mobilisation de fonds propres et de prêts locatifs sociaux (PLS, PLAI, PLUS) pour l’investissement immobilier, et enfin la comparaison des coûts avec l’EHPAD ou le foyer de vie pour démontrer l’intérêt économique du dispositif. Poser ces éléments noir sur blanc est souvent décisif pour convaincre les élus et les financeurs.
Aide à la vie partagée (AVP) et forfait habitat inclusif
L’AVP est le pilier financier de l’habitat inclusif au sens de la loi ELAN. Versée par le département avec le concours de la CNSA, elle est destinée à financer l’animation du projet de vie sociale et partagée : salaire de l’animateur, temps de coordination, organisation d’ateliers et de sorties, soutien à la participation des habitants. Son montant peut aller, selon les départements et les projets, jusqu’à environ 10 000 € par an et par habitant, ce qui permet de mutualiser un poste pérenne d’animation.
Le forfait habitat inclusif, mis en place initialement via les ARS, complète ou a parfois précédé l’AVP dans certains territoires. Toutefois, la tendance actuelle est de concentrer les financements sur l’AVP, plus lisible et directement adossée au nombre d’habitants. Pour vous, porteur de projet ou collectivité, l’enjeu est de sécuriser une convention pluriannuelle avec le conseil départemental, afin d’éviter les à-coups budgétaires qui fragiliseraient le collectif. Sans financement stable de la vie sociale, l’habitat inclusif perd en grande partie sa spécificité.
Partenariats bailleurs sociaux et associations gestionnaires
Dans la plupart des projets d’habitat inclusif, le rôle des bailleurs sociaux est déterminant. Ils apportent le foncier, le savoir-faire en matière de construction ou de réhabilitation, et la gestion locative sur le long terme. En s’adossant à un bailleur (office HLM, société d’économie mixte, coopérative), le projet bénéficie souvent de loyers modérés, de financements dédiés (PLAI, PLUS) et d’un ancrage territorial solide. Les communes, via leurs politiques de l’habitat, peuvent également réserver des emplacements stratégiques (centre-bourg, quartiers en renouvellement urbain) pour ces projets.
Les associations gestionnaires complètent ce dispositif en prenant en charge l’animation de la vie sociale, parfois la coordination des intervenants médico-sociaux, et le lien avec les familles. Certaines disposent d’une expertise spécifique (handicap psychique, autisme, grand âge) qui sécurise les départements et les ARS. Une bonne répartition des rôles entre bailleur, association et collectivité est essentielle : qui signe les baux ? qui recrute l’animateur ? qui porte la responsabilité de la convention AVP ? Plus ce partage est clair, plus le projet d’habitat inclusif a de chances de s’inscrire dans la durée.
Mobilisation des fonds propres et prêts locatifs sociaux PLS
Sur le volet immobilier, les prêts locatifs sociaux (PLS), mais aussi les PLAI et PLUS, sont des leviers classiques pour financer la construction ou la réhabilitation des logements destinés à l’habitat inclusif. Ils offrent des taux avantageux, des durées longues et permettent, en contrepartie, de pratiquer des loyers plafonnés compatibles avec les ressources des publics ciblés. La Caisse des Dépôts joue un rôle central dans ce financement, en lien avec les bailleurs sociaux et parfois avec des investisseurs institutionnels.
Des fonds propres doivent généralement être mobilisés en complément : apport des collectivités, fondations, mécénat, participation des habitants sous forme de coopérative d’habitants, etc. Certains projets innovants recourent à l’épargne citoyenne ou au financement participatif pour boucler leur plan de financement. Là encore, l’équilibre est subtil : il s’agit de limiter le reste à charge pour les résidents tout en garantissant la soutenabilité du projet. Une étude de faisabilité économique réaliste, intégrant les aides au logement (APL, ALS) et les aides à l’autonomie (APA, PCH), est indispensable dès l’amont.
Coûts comparatifs avec l’hébergement en EHPAD ou foyer de vie
Comparer l’habitat inclusif aux EHPAD ou aux foyers de vie permet de mieux comprendre sa place dans le paysage et son intérêt économique. En EHPAD, le coût global mensuel se situe fréquemment entre 2 000 et 3 500 € par personne, avec un reste à charge souvent élevé malgré l’APA. En foyer de vie, le tarif est en partie pris en charge par l’aide sociale, mais la capacité d’accueil est limitée et les listes d’attente longues. À l’inverse, un habitat inclusif bien calibré affiche un reste à charge mensuel courant compris entre 1 200 et 2 500 €, incluant le loyer, les charges, la participation à l’animation et certains services mutualisés.
Pour les financeurs publics, l’habitat inclusif représente souvent un investissement pertinent en termes de prévention : en retardant l’entrée en institution et en réduisant les hospitalisations évitables, il contribue à contenir les dépenses médico-sociales sur le long terme. Pour les familles, la différence se joue aussi sur le plan qualitatif : plus de liberté, plus de personnalisation, plus de proximité. La question à se poser est donc la suivante : « Quel est le coût réel, financier et humain, de l’absence d’alternative entre domicile et établissement ? » L’habitat inclusif apporte une réponse concrète à cette équation.
Accompagnement médico-social et coordination des intervenants
Si l’habitat inclusif n’est pas un établissement médico-social, il n’en reste pas moins un lieu de vie pour des personnes vulnérables, nécessitant souvent un accompagnement social, éducatif ou sanitaire. La difficulté consiste à articuler cet accompagnement sans reconstituer une « mini-institution » derrière la porte d’entrée. Les aides et soins doivent rester individualisés, comme à domicile, tout en tirant parti de la proximité des habitants pour mutualiser certaines interventions.
Concrètement, les résidents peuvent solliciter les mêmes services qu’en logement ordinaire : services d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD), services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), SPASAD, SAVS, SAMSAH, équipes mobiles de psychiatrie, etc. Le rôle de l’animateur de la vie sociale n’est pas de se substituer à ces professionnels, mais de faciliter la coordination, de repérer les besoins émergents et de favoriser la communication entre tous les acteurs. Dans certains projets, une réunion de coordination mensuelle réunit habitants volontaires, animateur, intervenants médico-sociaux et parfois familles, afin d’ajuster les accompagnements sans empiéter sur la vie privée.
Pour les personnes âgées, l’articulation avec le médecin traitant, les infirmiers libéraux et les kinésithérapeutes est centrale. Pour les personnes en situation de handicap psychique ou intellectuel, le lien avec les équipes pluridisciplinaires (psychiatres, psychologues, éducateurs spécialisés) conditionne la stabilité du projet. On peut comparer cette organisation à un orchestre : l’habitat inclusif fournit la scène et le chef d’orchestre (l’animateur-coordonnateur), mais chaque intervenant conserve sa partition propre et son autonomie professionnelle. Quand la coordination fonctionne bien, le résultat est harmonieux ; lorsqu’elle fait défaut, le quotidien peut vite devenir cacophonique pour les habitants comme pour les aidants.
Retours d’expérience et projets emblématiques français
Pour mieux comprendre ce que recouvre l’habitat inclusif au-delà des textes de loi, rien ne vaut l’observation de projets concrets. Plusieurs initiatives françaises font aujourd’hui figure de références, tant par leur ancienneté que par la richesse de leurs retours d’expérience. Certaines ont essuyé les plâtres avant même la formalisation du cadre légal, d’autres se sont construites en s’appuyant étroitement sur la loi ELAN et les financements AVP.
Ces projets emblématiques illustrent la diversité des modèles possibles : habitat inclusif à dominante rurale ou urbaine, intergénérationnel ou ciblé sur un public spécifique, porté par une grande fondation nationale ou par une coopérative locale. En les parcourant, vous verrez que, derrière une même appellation, se cachent des réalités très différentes, mais un socle commun : le choix des habitants, la vie sociale partagée et l’ancrage dans la cité.
Habitat inclusif les jardins de cocagne à besançon
À Besançon, les Jardins de Cocagne constituent un exemple intéressant d’habitat inclusif articulant logement, inclusion sociale et activité professionnelle. Implanté à proximité d’un chantier d’insertion de maraîchage biologique, le projet accueille des adultes en situation de handicap psychique ou en grande précarité sociale. Les logements, de petite taille mais bien équipés, s’organisent autour d’espaces communs et d’un grand jardin partagé, véritable cœur battant du lieu.
Le projet de vie sociale et partagée repose sur la participation aux activités de jardinage, à la préparation de paniers de légumes, ainsi qu’à des ateliers de cuisine, de bricolage et de bien-être. Cette dimension productive et écologique renforce l’estime de soi des habitants et favorise les rencontres avec les habitants du quartier, venus acheter leurs paniers ou participer à des événements conviviaux. Le financement s’appuie sur un partenariat étroit entre une association d’insertion, un bailleur social et le conseil départemental, qui mobilise l’AVP pour sécuriser l’animation.
Résidence intergénérationnelle humanis à lyon
La résidence intergénérationnelle Humanis, à Lyon, illustre quant à elle un modèle d’habitat inclusif ouvert à plusieurs publics : seniors autonomes, jeunes actifs et parfois personnes en situation de handicap léger. Les appartements, répartis sur plusieurs étages, côtoient une grande salle commune, une buanderie partagée et des espaces extérieurs aménagés. Chaque résident signe un bail individuel, mais s’engage aussi à participer au projet de vie sociale, précisé dans une charte.
Au quotidien, cette résidence intergénérationnelle propose des ateliers numériques, des cafés-rencontres, des soirées jeux ou encore des actions de solidarité de voisinage (accompagnement aux courses, garde ponctuelle d’enfants, etc.). L’animateur veille à ce que la parole de chacun soit entendue, en particulier celle des plus fragiles, et à ce que les échanges entre générations restent équilibrés. Pour la collectivité, ce type de projet d’habitat inclusif intergénérationnel permet de lutter simultanément contre l’isolement des seniors, la précarité étudiante et le manque de logements abordables en centre-ville.
Projet pilote de la fondation john BOST en dordogne
La Fondation John BOST, historiquement engagée auprès des personnes en situation de handicap psychique et de troubles du spectre autistique, a développé en Dordogne un projet pilote d’habitat inclusif particulièrement suivi par les professionnels. Implanté à proximité d’un de ses sites historiques, ce dispositif propose de petits logements indépendants pour des personnes stabilisées souhaitant quitter l’institution, tout en gardant un accès facilité aux soins et aux temps de ressourcement sur le site principal.
Le projet de vie sociale et partagée s’articule autour d’ateliers artistiques, de sorties culturelles, mais aussi de temps plus informels comme les repas partagés ou les cafés-discussion. Les équipes médico-sociales de la Fondation interviennent à la demande, sans être présentes en continu, ce qui marque une vraie rupture avec le modèle institutionnel classique. Ce projet d’habitat inclusif montre qu’il est possible d’imaginer des trajectoires résidentielles évolutives pour des personnes longtemps considérées comme « chroniques », en misant sur la confiance, l’autonomie et l’entraide.
Initiative coopérative habitat et humanisme à marseille
À Marseille, Habitat et Humanisme développe depuis plusieurs années des habitats inclusifs et participatifs en cœur de ville, en s’appuyant sur un modèle coopératif. L’un de ces projets emblématiques réunit, dans un même immeuble réhabilité, des familles modestes, des personnes âgées isolées et des personnes en situation de handicap. Les logements sont locatifs, à loyers sociaux ou très sociaux, et un vaste espace commun au rez-de-chaussée accueille des ateliers, une cuisine partagée et un « café solidaire » ouvert au quartier.
La spécificité de cette initiative tient à l’implication forte des habitants dans la gouvernance : réunions régulières, commissions thématiques (propreté, jardin, animations), décisions prises au consentement. Les bénévoles de l’association viennent en appui pour certaines animations ou pour accompagner les personnes les plus fragilisées dans leurs démarches. Soutenu par l’AVP, par des prêts locatifs sociaux et par des fonds solidaires, ce projet d’habitat inclusif démontre qu’un autre modèle de logement urbain est possible, fondé sur la mixité sociale, la participation citoyenne et le « vivre ensemble » choisi plutôt que subi.
